Localisation :    Angers – France

Programme :    installation lumineuse sur quai – finaliste 2016 BOURSE JEUNES CREATEURS Mécène et Loire

Calendrier :      2016

Coût :                 30 000 euros

Equipe :            Valeria Tellez Niemeyer / Axel de Stampa

« Fabrique des lumières » propose la redécouverte d’un espace urbain à travers une oeuvre capable de réactiver un lieu « technique » – les quais – constitutif de l’identité même de la ville d’Angers. Ce projet se propose comme une greffe in situ, ce qui im­plique que le sens et la production de l’oeuvre dépendent directement du lieu où elle est installée et des dispositifs technologiques mis en oeuvre.

En tant que principal centre urbain de Maine-et-Loire, Angers a subi les transforma­tions propres à la modernisation des villes contemporaines. L’un des phénomènes les plus évidents a été l’essor des nouvelles voies de circulation, ruptures urbaines qui disloquent souvent les limites des villes produisant des espaces délaissés. Cette situa­tion a affecté particulièrement la façon d’expérimenter la ville d’Angers, notamment en ce qui concerne la rivière et sa rive droite écartée du centre-ville en raison de la voie rapide qui borde le Maine. Ainsi, la rivière et ses berges, en tant que lieu emblématique de la fondation d’Angers sont, à ce jour, réduits à un usage exclusif de passage et de circulation.

Des projets d’aménagement ont tenté de réfléchir à la réhabilitation urbaine des rives, c’est le cas du quai Éric-Tabarly, promenade piétonne reliant la zone urbanisée avec le parc Balzac et autres sites naturels aux alentours. Malgré cette initiative, l’espace ur­bain du quai reste visiblement influencé par la présence des voies routières qui limitent son accès et ses usages. De ce fait, l’espace public du quai reste encore dépourvu d’un emploi actif de la part des passants, comme on a pu le constater à partir d’obser­vations et d’entretiens réalisés sur le terrain.

Notre projet se propose donc de mettre en lumière cette zone délaissée d’Angers, le quai Éric-Tabarly, par le biais d’une oeuvre visant à dévoiler et à produire de nouvelles expériences vis-à-vis du lieu. Dans ce but, nous allons nous servir des notions de ville – jeu –technique, de manière à créer un dispositif interactif invitant les passants à « fabriquer » de la lumière et de l’espace.

En nous servant des gradins du quai, nous allons installer une série de modules, colo­rés et lumineux, organisés de manière à composer une nouvelle topographie capable d’altérer temporairement le trajet habituel des passants.

Plusieurs dispositifs créeront ce nouveau « paysage-parcours » à explorer et à fa­briquer. En effet, les visiteurs seront sollicités pour activer la lumière des modules à travers un système de production d’énergie qu’ils pourront eux-mêmes manipuler. L’ensemble des éléments sera connecté à trois mécanismes générateurs de courant électrique (dynamo), chacun d’entre eux dirigeant un circuit de lumière différent qui sti­mulera les possibilités d’interaction entre les visiteurs. L’oeuvre est envisagée comme un jeu où toutes les actions et tous les instruments, normalement considérés d’un point de vue fonctionnel, perdent leur condition productive pour devenir superflus. Autrement dit, la promenade sans destination et la production (électrique) de la lumière sans objet vont se transformer en une expérience ludique, révélatrice d’un espace urbain vivant.

Nous prévoyons deux moments de l’oeuvre, l’un de jour, l’autre de nuit. Le premier moment renvoie à une expérience davantage matérielle, proche des objets tangibles et du libre usage de l’espace. Grâce aux reflets de la lumière naturelle, le rapport aux modules colorés sera donné par un libre parcours, et par un éventuel moment d’arrêt aux différents niveaux des gradins. Le second moment offrira aux visiteurs l’occasion d’éprouver une dimension impalpable liée à la contemplation et à l’imaginaire. Dans ce stade nocturne, l’oeuvre prend une ampleur encore plus importante en raison de la lumière produite par les modules, un effet identifiable depuis l’autre côté de la rivière.

De cette manière, le projet vise à proposer la ville comme un espace ludique de par­ticipation et d’interaction. L’une des intentions de ce projet est en effet, sinon de sup­primer, du moins de suspendre les distances entre l’art et le public en invitant les habitants et les visiteurs d’Angers à devenir « producteurs » et « promoteurs » de cet espace oublié de la ville.

« Fabrique de lumières » se compose de seize modules répartis sur les gradins du quai Tabarly entre les deux volées d’escaliers, soit une distance d’environ 38m. Les modules sont disposés dans l’espace de manière à créer des parcours libres. Chacun des modules suggère un type d’action que nous avons désigné par les actes de s’éta­blir (s’assoir), s’élever (se tenir débout) et s’avancer (monter). Les promeneurs seront ainsi capables de créer différents parcours dans un jeu de progressions et d’arrêts à travers l’espace.

On distingue quatre types de modules :

– Podium de 70x50x150 cm

– Marche / assis de 35x34x150 cm

– Marche double (longue) de 60x35x150 cm

– Marche double (courte) de 60x35x75

Par ailleurs, la qualité chromatique et réfléchissante de l’ensemble des modules sera un facteur significatif du projet. En effet, les modules seront construits avec des pan­neaux de polycarbonate translucides stratifiés avec du film dichroïque. Ce type de matériau permettra de changer la couleur des modules en fonction du mouvement et de l’angle de vue des passants. Ceci aura un impact tant de jour que de nuit, en fonction de la lumière naturelle ou artificielle. Pour l’éclairage artificiel, qui sera intégré à l’intérieur des modules, nous utiliserons des rubans LED étanches, étant donné sa puissance lumineuse et sa consommation réduite. Le cadre des modules sera fabri­qué avec des planches en contreplaqué afin de donner une structure rigide et solide capable de supporter le poids des visiteurs.

La production de la lumière sera déterminée par la participation active des visiteurs dans l’oeuvre, grâce à un dispositif à pédales générateur d’électricité. Le public pourra ainsi transmettre de l’énergie électrique aux différents modules qui réagiront à cette production.

Face aux gradins seront installés trois mobiliers urbains contenant le système généra­teur à pédales, où chacun d’entre eux activera un nombre de modules différents tout en créant un jeu d’interaction entre les lumières et les participants. L’intervention se présente ainsi comme une oeuvre vivante et dynamique qui dépend de l’implication directe du public.

Chacun des dispositifs-pédaliers est constitué d’un moteur électrique à courant conti­nu, d’un axe à pédales, de deux poulies (grande et petite) et d’une courroie, éléments qui permettront la production d’énergie.